Les excuses de l’aspirant

Un très beau chant scout… tiré d’une histoire vraie !

Bonjour à tous,
Ma fille guide m’ayant rappelé ce beau chant scout, je me suis rappelé moi-même que ce chant était lié à une histoire vraie. Après quelques recherches sur internet, je suis tombé sur le site d’un Londonien tombé amoureux des cimetières proches de chez lui : https://studiedmonuments.wordpress.com/about/ Et il a consacré un post à la tombe d’Albert Hatswell et à la véritable et touchante histoire d’un petit héros de 12 ans. Une amie, (Scriblerie.eu), m’en a fait une traduction que je vous partage. Bonne lecture pour ceux qui seront intéressés,

Le post en anglais : https://studiedmonuments.wordpress.com/2015/10/06/albert-hatswell-the-boy-hero/

Albert Hatswell: l’enfant-héros

Par Bob Davenport – traduction CBA

« Les Londoniens espèrent tout juste que le temps du Dimanche de Pâques continue quelques jours. Cependant hier après-midi, il a fait gris voire très sombre mais la matinée a été ensoleillée, et puisque les bulletins météo n’annonçaient pas de pluie, de nombreuses personnes ont été attirées dehors », écrit The Times le lendemain du lundi de Pâques, jour férié, le 13 avril 1914.

Parmi les Londoniens de sortie ce jour-là, le jeune Albert Hatswell de 12 ans. Il vivait avec sa mère, son frère de 13 ans, Walter, et ses deux sœurs, Alice et Mabel, 5 et 10 ans, à Hatton House, une résidence maussade de Hornsey Road à Holloway. Un autre frère avait péri trois ans plus tôt, âgé de 11 mois. Son père, George, paysan, était mort peu après. La famille était pauvre : ils avaient vécu dans et hors de l’usine Isligton à différentes occasions quand Albert avait à peine 3 ans. Désormais, ils vivaient des 12 shillings par semaine que la mère, Clarissa, gagnait en tant que femme de ménage au Great Northern Hospital et des 6 shillings de rentes hebdomadaires de la paroisse : ce qui équivaut à 93 £ actuelles.

Bertie – comme on surnommait Albert – a quitté la maison vers 7h30, se dirigeant vers le Club de Golf de Hampstead, où il gagnait quelques sous en tant que caddie quand il n’était pas à l’école St Mark de Grove Road à Tollington Park. Sa mère l’envoya acheter sur le chemin deux pence de noix de coco, lui promettant un gâteau à la noix de coco à son retour.

Autour de 8h15, il était dans Holloway Road, près du pub Nag’s Head, au croisement entre Seven Sisters Road et Parkhurst Road, quand dans un sifflement, un cheval emballé arriva de Highbury. Attaché à une voiture à quatre roues, lourdement chargée de fumier, le cheval avait été effrayé par le passage d’un tramway venant du magasin Jones Bros, à environ 300 yards, et s’était enfui, le cocher ne pouvant retenir les rênes. Un inspecteur de tramway, proche de l’embranchement, descendit sur la route pour essayer d’arrêter le cheval mais Bertie, qui était plus proche, se précipita et l’attrapa le premier, retenant fermement les rênes. Les témoins rapportèrent que le cheval allait à une vitesse proche de 5-6 miles de l’heure, équivalent à un « petit trot » (8-9 mph), voire à un « galop » (25-30 mph).

Bertie avait réussi à pousser le cheval sur le côté de la route. Mais il n’était pas assez fort pour le contrôler et le cheval s’écarta sur le trottoir, emportant Bertie avec lui : sa tête s’écrasa entre l’axe de la voiture et celui du tramway, ce qui le tua instantanément. Un panneau de tramway s’enraya dans la roue de côté de la voiture et stoppa le cheval.

Quand la foule s’approcha, Walter Hatswell, passant parmi d’autres, arrivant pour voir ce qui s’était passé, entendit quelqu’un dire « il est mort » et en regardant, vit qu’il s’agissait de son frère.

Lors de l’enquête, deux jours plus tard, la mère de Bertie déclara au coroner que son fils était un enfant grand et en bonne forme, qui paraissait 14 ans et ne semblait avoir peur de rien. Il avait déjà arrêté un cheval qui fuyait avec la charrette d’un maçon, qui l’avait remercié de deux pence. Quand sa mère, voyant les pièces qu’il avait reçues, lui demanda « d’où vient cet argent ? » il avait répondu : « ‘Juste arrêté un cheval ». Elle lui défendit alors de recommencer, l’avertissant qu’il pourrait être blessé, mais il répliqua alors : « Eh bien, je ne peux pas laisser les enfants se faire tuer, quand même ! »

Les funérailles eurent lieu le samedi suivant, sous un soleil de plomb, qui semblait se moquer du jeune héros pour son dernier trajet de Holloway à Finchley, comme le remarqua la Islington Daily Gazette, ajoutant que « l’acte spontané de ce jeune homme, courageux, altruiste, un vrai britannique, semblait avoir ému les esprits à un degré à peine dicible. » Le Daily Mail rapporta que « cinq mille personnes au moins envahissaient les abords immédiats de sa maison, et à peine deux miles plus loin, exactement à Highgate Archway, les trottoirs s’emplissaient d’une file d’attente qui débordait de tous côtés. Par endroits, ils étaient tellement serrés qu’il serait difficile d’estimer leur nombre mais cela représentait environ la population d’une petite ville. » Les marchands de rues offraient des cartes souvenir et des centaines en achetèrent. Les vendeurs de journaux et les fleuristes de passage de la Holloway Road avaient attaché des rubans noirs à leurs stands, et une cocarde noire et blanche marquait le lieu où Bertie était mort. Les tramways avaient été supprimés et la police montée menait le cortège composé du corbillard tiré par quatre chevaux, d’une charrette chargée de gerbes et de trois voitures, escortées sur une partie du chemin par un des gardes d’honneur de l’Association Tottenham Boys.

Au cimetière de Islington, un groupe de Scouts rejoignit la procession jusqu’à la pierre tombale, où s’étaient rassemblées des centaines de personnes (environ dix milles selon le Manchester Guardian). Huit des compagnons caddie de Bertie du Club de Golf d’Hampstead portèrent son cercueil du corbillard à la tombe. Les nombreuses gerbes et couronnes de fleurs ne venaient pas seulement des amis et voisins de Bertie mais également d’aussi loin que Cork, de East Islington et Islington North, du club des gardiens de l’usine de Islington, des employés du Great Northern Hospital, jusqu’au plus anonyme des messages de condoléances. Ce qui ressortit le plus dans la presse fut un bouquet de primevères envoyé par trois jeunes filles de Fleet en Hampshire, accompagné d’une carte pour la sœur de Bertie : « Nous avons appris la triste nouvelle de la mort de votre jeune frère et nous vivons au milieu des primevères. Alors Mère a dit que si nous les ramassions, elle en ferait un bouquet et vous l’enverrait pour fleurir la tombe de votre frère. Signé Hilda, Ethel et Dolly Windiate. »

L’histoire de la mort de Bertie a été largement répandue – avec peut-être quelques ajouts. Un long article parut dans la presse néozélandaise racontant comment « un cheval effréné vint à cavaler avec un lourd charriot de fumier qui se balançait maladroitement derrière lui. Les femmes hurlaient et rassemblaient leurs enfants auprès d’elles. Un policier essayait en vain d’attraper les rênes du cheval en furie. Tous les yeux étaient rivés sur un groupe d’enfants qui jouaient, inconscients du danger, près du café Nag’s Head ». Le Islington Daily’s Gazette n’avait que peu pris les témoignages de l’enquête comme source d’information. A Victoria, British Columbia, le Daily Colonist, sur sa page « Informations et histoires pour enfants », raconte que « la sépulture d’un garçon de 12 ans, Albert Hatswell, qui a donné sa vie dans un geste chevaleresque, est entourée d’un sentiment commun de pitié et de fierté ». La presse australienne commentait « l’histoire de sa mort – un moment plein de pathos et de galanterie – nous rappelle nos plus héroïques conducteurs de VC, ainsi que le clairon britannique prisonnier qui, quand Napoléon lui demanda de sonner la retraite, répondit qu’il n’avait jamais appris à le faire. » Le Dundee Evening Telegraph retranscrivit la poésie de CB Fry’s Magazine :

Was it that little boy’s strength – the strength of twelve and a half years – or was it his heart – the heart that was given him by some ancestor who was probably typical of the Englishman at Waterloo or Trafalgar – that arrested a disaster? Are we stretching the point – who shall say?

Etait-ce la force du garçon ? / la force de douze ans et demi / ou était-ce son cœur / le cœur hérité d’un ancêtre qu’on comptait probablement parmi les Anglais de Waterloo ou de Trafalgar / qui a arrêté le désastre ? Soulignons-le. Qui d’autre en parlerait ?

On sait seulement que le jeune Albert Hatswell concentrait tout ce qu’il y avait de meilleur dans le caractère de la nation anglaise – et ce qui, espérons-le, l’est toujours. Une chance lui fut offerte et il la prit, il la prit sans flancher parce qu’il pensait que là était son devoir.

Tout au moins, on aime à penser ainsi.

En France, six ans plus tard, Jacques Sévin et Théodore Botrel dédient à la mémoire de Bertie un chant scout « Les Excuses de l’Aspirant », dans lequel un scout s’excuse de ne pas pouvoir participer au camp parce qu’il est mourant, suite aux blessures reçues en essayant de sauver quelqu’un d’un accident de voiture.

Apprenant que les circonstances familiales de Bertie ne permettaient à l’enfant que d’être enterré dans la fosse commune, l’éditeur du Islington Daily Gazette demanda à prendre en charge les frais afin d’organiser un enterrement privé, et lança un appel à lever 20£ (environ 2 100£ d’aujourd’hui) pour la pierre tombale. L’entrepreneur des pompes funèbres, H. M. Repuke d’Upper Street, offrit ses services gratuitement.

Les dons vinrent à la fois de particuliers et de groupes de collègues, comme les employés du tramway d’Holloway, les employés du département de billard de W. Jelks & Sons, et les « Filles des travailleurs du Syphon Britannique, Barnsbury ». L’Arsenal Football Club offrit l’utilisation de son terrain pour un match au profit de la levée de fonds où le Islington Borough Council battit le Shoreditch Borough Council 4 à 2, match auquel assistèrent environ mille personnes et qui permit de rassembler environ 10£. John Watt, le directeur de l’école St Mark, envoya 16s.6d., rassemblés auprès des camarades de classe de Bertie en ajoutant « les frères Hatswell étaient scolarisés ici depuis près de 7 ans et je dois dire qu’ils étaient de bons garçons, toujours prêts à aider leur mère endeuillée. » L’ancien maître d’école, écrivant depuis l’Institut des Jeunes d’Holloway, racontait : « J’ai connu [Albert] et son frère ces 12 derniers mois. Ils étaient ici tous deux réguliers à nos cours du soir, appliqués et d’un comportement sage. Le plus jeune était particulièrement apprécié de son professeur ». Le conseil des gardiens d’Islington fit appel d’un commun accord au Fonds des Héros de Carnegie pour obtenir une bourse d’aide à la famille.

Suite à la demande de la Gazette, un monument fut élevé sur la tombe en juin 1914. Mais ensuite, en octobre, le journal fit mention du « vol du cheval de bronze qui surmontait la colonne abimée qui faisait partie du mémorial à « l’enfant héros d’Holloway », Albert Hatswell. » Le cheval, qui avait été donné à Mrs Hatswell par un ami, faisait partie d’un tout avec les statues de marbre représentant un cocher retenant un cheval par Guillaume Coustou Le Vieux. Aujourd’hui, la colonne d’origine a également disparu.

Ce qui reste de ce mémorial est situé dans un lieu qui a réussi ce dernier quart de siècle ou presque à garder son naturel, l’accès aux tombes n’étant nettoyé que si cela est demandé par les propriétaires, qui sont les personnes légalement responsables de la conservation des monuments. Mais les employés du cimetière espèrent pouvoir surélever le mémorial de Bertie au printemps. Il semble qu’un autre appel aux dons soit nécessaire pour pouvoir faire plus.

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