Saint Josémaria Escriva et le Père Doyle

Je partageais dans un post précédent un article présentant la figure du Père Doyle, prêtre jésuite irlandais héroïque tué sur le front pendant la Première Guerre. Aujourd’hui, 26 juin, c’est l’occasion d’évoquer Saint Josémaria, fondateur de l’Opus Dei, le « saint de la vie ordinaire » selon Saint Jean-Paul II, sur qui le Père Doyle a eu une réelle influence.

Lien vers l’article original ici, tiré du blog fatherdoyle.com, dédié à la mémoire du Père Doyle.

Actuellement Chemin a été
publié à près de 4 500 000 exemplaires
en 43 langues.

C’est aujourd’hui la fête de saint Josémaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei. Au lieu d’un message du père Doyle, nous avons un message d’un saint à propos du Père Doyle. Du point 205 de Chemin de saint Josémaria Escriva :

Nous lisions tous deux la vie héroïquement ordinaire de cet homme de Dieu. — Nous l’avons vu lutter, pendant des mois et des années, à son petit déjeuner (quelle “ comptabilité ” que celle de son examen particulier !). Tel jour vainqueur, le lendemain il était vaincu… Il notait : “ Je n’ai pas pris de beurre…, j’ai pris du beurre ! ”

Puissions-nous, toi et moi, vivre nous aussi notre… “ tragédie ” du beurre.

Image tirée de la fiche Wikipedia
du Père Willie Doyle

L' »homme de Dieu » héroïquement ordinaire n’était autre que le père Willie Doyle.

La biographie du père Doyle, écrite par Alfred O’Rahilly, a fait sensation à sa sortie. En quelques années, le livre a été traduit en allemand, italien, français, espagnol, néerlandais et polonais (et peut-être des traductions que je ne connais pas ?). Ce prêtre jésuite de Dublin, héroïquement ordinaire, a semblé susciter l’intérêt de personnes de cultures très différentes.

Saint Josémaria a lu un exemplaire espagnol du livre en 1933. Il a écrit dans un de ses carnets :

J’ai lu rapidement la vie du père Doyle : comme je comprends bien la tragédie du beurre.

Pour saint Josémaria, sa tragédie personnelle du beurre consistait en sa lutte pour maîtriser la lecture des journaux. Les notes de sa retraite de 1933, qui font référence à la lecture des journaux, montrent combien cela a été difficile pour lui :

Ces derniers temps, ne pas lire les journaux, ce n’est pas pour moi une petite mortification. Néanmoins, avec la grâce de Dieu, j’y suis resté fidèle… Quels combats ces luttes ont été pour moi ! Ces épopées ne peuvent être comprises que par ceux qui en ont vécu de semblables. Parfois la victoire, le plus souvent la défaite.

Bien sûr, il faut comprendre ce que faisaient saint Josémaria et le Père Doyle lorsqu’ils luttaient pour abandonner le beurre et les journaux. Ces choses ne sont pas mauvaises, loin de là ! Mais, en tant qu’acte d’amour et de réparation, les saints se sont souvent privés de petites choses, voire de très bonnes choses. En plus de faire une offrande de ce sacrifice à Dieu, de tels actes aident à renforcer la volonté. Tout cela peut sembler un peu étrange à notre culture moderne. Mais, imaginez la différence que cela fait dans la vie de famille de vivre avec quelqu’un qui sait se renoncer soi-même, en comparaison avec vivre avec quelqu’un qui n’a aucun contrôle sur ses appétits, et qui doit toujours faire ce qu’il veut… Nous serions peut-être tous mieux si de temps en temps nous nous battions pour abandonner le beurre, les journaux, la télévision, Facebook, la grasse matinée…

Saint Josémaria Escriva
Fondateur de l’Opus Dei

De tels actes ne sont pas faciles à réaliser, et il est réconfortant de voir que saint Josémaria et le père Doyle ont tous deux lutté contre de petites distractions et tentations similaires. 

Saint Josémaria a également parlé du père Doyle dans une lettre adressée en 1938 à un membre de l’Opus Dei :

Je suis assez envieux de ceux qui sont sur les champs de bataille, malgré tout. Il m’est venu à l’esprit que, si mon chemin n’était pas aussi clairement balisé, il serait merveilleux de surpasser le père Doyle.

Au fil des ans, plusieurs millions d’exemplaires de Chemin ont été vendus, et il a été traduit dans des dizaines de langues. Même s’il ne constitue qu’une toute petite partie du livre, c’est une puissante influence anonyme de la part du Père Doyle. Combien de personnes ont copié son exemple de petites mortifications, sans jamais rien savoir de lui, grâce à cette référence de saint Josémaria ? 

C’est peut-être le bon endroit pour inclure quelques références du livre d’O’Rahilly sur la question du père Doyle et de son régime alimentaire. Dans tout cela, il est très clair que le père Doyle n’a pas trouvé ces mortifications faciles ; elles étaient, comme l’a dit saint Josémaria, une tragédie :

Il était systématiquement ascétique ou héroïque sur de petits points non nécessaires ; chaque jour, il faisait beaucoup de choses sans autre raison que de préférer ne pas les faire ; de sorte que, lorsque l’heure de la nécessité et de l’héroïsme à grande échelle approchait, il ne se sentait pas troublé et insuffisamment entraîné pour résister à l’épreuve. Car il est certain que c’était un homme qui s’assurait chaque jour de la concentration de son attention, de sa volonté énergique et de son abnégation dans les choses non nécessaires. « D’autres âmes peuvent voyager par d’autres chemins », écrivait-il, « le chemin de la peine est le mien ». Il a développé une ingéniosité positive en découvrant des possibilités de se renier. Ainsi, il s’efforçait toujours de supporter de petites souffrances et des inconforts physiques, ne serait-ce que l’irritation d’un moucheron, sans chercher à se soulager ; il essayait d’imaginer que ses mains étaient clouées sur la croix avec Jésus. Il renonça à avoir un feu dans sa chambre et évita même de se réchauffer à l’un d’eux. Chaque jour, il portait une chemise de crin et une ou deux chaînes pendant un certain temps ; et il s’infligeait de sévères disciplines. De plus, entre le thé sans sucre, le pain sans beurre et la viande sans sel, il transformait ses repas en une série continue de mortifications. Naturellement, il avait en fait un appétit très vif et un goût prononcé pour les sucreries et les délicatesses, ce qu’il convertit en une arène d’abnégation…

Nous le trouvons en train de crayonner cette résolution sur la première page du petit carnet privé qu’il gardait avec lui au Front : « Pas de mûres. Distribuer tous les chocolats. Abandonner les boîtes de biscuits. Pas de confiture, petit déjeuner, déjeuner, dîner ».

…Juste après avoir donné une retraite dans un couvent de carmélites, il enregistre : « Je me suis senti poussé en l’honneur de Sainte Thérèse à ne me donner absolument aucun réconfort aux repas que je pouvais éviter. Je n’ai eu aucune difficulté à le faire pendant les neuf jours. J’ai demandé très sérieusement la grâce de continuer cela toute ma vie et je suis déterminé à essayer de le faire. Par exemple, ne pas prendre de beurre, pas de sucre dans le café, pas de sel, etc. La vie merveilleusement mortifiée de ces saintes religieuses m’a rendu honteux de la satisfaction de mon appétit ». Qu’il n’ait pas trouvé cette mortification facile, nous avons de nombreuses indications. Ainsi, le 5 janvier 1912, il écrit : « Pendant l’Exposition, Jésus m’a demandé si je voulais bien renoncer à prendre un second plat au dîner. Ce serait un très grand sacrifice ; mais je lui ai promis au moins d’essayer de le faire et je l’ai supplié de me donner la grâce et la générosité ».

« Une tentation féroce pendant la messe et l’action de grâces », enregistre-t-il un an plus tard (18 septembre 1913), « de briser ma résolution et de me mettre en appétit au petit déjeuner. L’idée d’un petit-déjeuner composé de pain sec et de thé sans sucre à l’avenir me semblait intolérable. Jésus m’a poussé à prier pour avoir la force, bien que je ne puisse guère me résoudre à le faire. Mais la tentation me quitta au réfectoire, et la joie emplit mon cœur de la victoire. Je vois maintenant que je n’aurai jamais à céder si je prie seulement pour avoir la force ».

Father Willie Doyle SJ

Sur le sujet du beurre, il y a de nombreuses résolutions dans l’agenda. Sur le plan matériel, le sujet peut sembler insignifiant, mais psychologiquement, il représente une grande lutte et une grande victoire… C’est par de tels petits actes que l’homme s’élève au-dessus de la bête et favorise son héritage humain de volonté rationnelle. Les résolutions du Père Doyle ne sont donc pas du tout aussi insignifiantes ou fantaisistes que celles de ceux qui ont déjà mangé et bu sans réfléchir et qui peuvent être enclins à la fantaisie. « Dieu m’a fortement incité tout au long de cette retraite », écrit-il en septembre 1913, « à renoncer entièrement au beurre. Je l’ai fait à de nombreux repas sans aucun inconvénient sérieux ; mais je suis en partie retenu par le respect humain, de peur que les autres ne le remarquent. S’ils le font, quel mal y a-t-il à cela ? J’ai remarqué que X n’en prend pas au déjeuner ; cela m’a aidé. N’aiderais-je pas les autres si je faisais de même ? « Une chose », poursuit-il, « je sens que Jésus me demande, ce que je n’ai pas le courage de lui donner : la promesse de renoncer entièrement au beurre ». Le 29 juillet 1914, nous trouvons cette résolution : « Pour l’instant, je prendrai du beurre sur deux bouchées de pain au petit déjeuner, mais pas aux autres repas. » Il semble avoir adhéré à cette décision.

…Cette concentration implacable de la volonté sur les questions de nourriture ne doit pas nous amener à supposer que le Père Doyle ait été de quelque manière que ce soit morbidement absorbé ou moralement affecté par cette décision. Pour quelqu’un de moins formé à la volonté ou de moins sûr dans sa perspective spirituelle, il pourrait facilement y avoir un danger d’enchevêtrement dans les détails et de sur-attention à ce qui est secondaire. Tout cet appareil de mortification n’est qu’un moyen pour parvenir à une fin, il ne faut pas en faire une fin en soi… Ce combat persistant et systématique contre l’appétit a aidé le Père Doyle à renforcer sa volonté et à la fixer sur Dieu. Il ne s’est jamais perdu dans un labyrinthe de résolutions mesquines, il n’est jamais devenu anxieux ou distrait.

Alfred O’Rahilly conclut sa discussion sur les habitudes alimentaires du Père Doyle par quelques conseils judicieux pour le lecteur :

L’armure de Goliath gênerait David. Il y a ceux qui élaborent des prescriptions et des règlements détaillés qui ne provoqueraient que tension et inquiétude. Et ceux-là trouvent la paix de Dieu dans une acceptation enfantine et reconnaissante de ses dons, sans indulgence négligente ni artifice gênant.

En aparté humoristique, le point 205 de Chemin a été traduit dans le passé pour faire référence à une tragédie de « marmelade » et à une tragédie de « sucre » parce que les traducteurs ne pouvaient pas comprendre le concept d’abandon du beurre comme une mortification. En tout état de cause, les trois traductions seraient un reflet exact de la vie et de l’ascèse du Père Doyle.

Ceux qui ne connaissent pas la biographie définitive du père Doyle, d’où sont tirées les citations ci-dessus, peuvent trouver ici les détails sur la façon de commander un exemplaire du livre.

Bien entendu, saint Josémaria Escriva n’est pas la seule personne renommée pour sa sainteté à avoir eu une dévotion pour le père Doyle. Parmi ceux qui admiraient le père Doyle, on peut citer le bienheureux John Sullivan SJ, le serviteur de Dieu Bernard Quinn, le vénérable Adolf Petit SJ, Sainte Thérèse de Calcutta et Saint Alberto Hurtado SJ, ainsi que d’innombrables autres personnes : prêtres, religieux et laïcs, anonymes ou de renom, venus d’Irlande ou d’ailleurs. Le père Doyle semble avoir exercé un large attrait sur de nombreux types de personnes différentes au cours de plusieurs décennies.

Note à propos du livre Chemin, tirée du site escrivaworks.org, où l’ensemble de ses livres est librement consultable :

Chemin, fruit du travail sacerdotal que saint Josémaria Escriva avait initié en 1925, paraît pour la première fois en 1934 (à Cuenca, Espagne) sous le titre Considérations spirituelles. Dans l’édition suivante (réalisée à Valencia en 1939), le livre, notablement enrichi reçoit déjà son titre définitif. Depuis lors, il s’est diffusé avec un rythme soutenu et progressif. Actuellement Chemin a été publié à près de 4 500 000 exemplaires en 43 langues.

Chemin a un style direct de dialogue serein, où le lecteur se retrouve devant les exigences divines dans un climat de confiance et d’amitié. Lors de sa parution en Italie, l’Osservatore Romano avait commenté :  » Mgr Escriva de Balaguer à écrit davantage qu’un chef d’oeuvre, il a écrit directement sous l’inspiration du coeur, et c’est directement au coeur qu’arrivent les uns après les autres les paragraphes qui composent Chemin. « 

Lis ces conseils calmement. Médite avec calme ces considérations. Ce sont des choses que je te dis à l’oreille, en confidence d’ami, de frère, de père. Ces confidences, Dieu les écoute. Je ne te dirai rien de nouveau. Je vais remuer tes souvenirs, en faire surgir quelque pensée qui te frappe, pour que ta vie s’améliore, et que tu t’engages dans des chemins de prière et d’Amour, et que tu finisses par avoir l’âme et l’esprit justes. (Chemin, prologue de l’auteur.)

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